samedi 16 mai 2009

Esfahan, Isfahan, Ispahan...

Ispahan est une merveille difficile a decrire... Toute la ville est impressionnante avec pres de 2000 monuments, palais, mosquees, ou anciennes batisses historiques. Cette ancienne capitale comprend notamment la deuxiemme Place la plus celebre du monde apres celle de Tian'anmen a Pekin : la place de la Mosquee de l'Imam. L'artisanat local, la cuisine, et la douceur des parcs ombrages participent a la magie d'Ispahan, ville de contes et de legendes.
Ces quelques photos ne vous donneront malheureusement qu'un tout petit apercu de la realite, et il manquera surtout cette impression de grandeur lorsqu'on le voit sur place, mais vous aurez ainsi une idee de ce que la Perse pouvait offrir au monde il y a 3 ou 400 ans :








































J'aimerais mettre plus de photos, mais il est tres difficile de trouver une connexion convenable en Iran, et ca prend des plombes pour charger les images...

dimanche 10 mai 2009

Teheran

Cette ville serait definitivement affreuse si elle n'etait peuplee d'Iraniens et si elle n'avait pas tous ces beaux parcs fleuris et ombrages.

Teheran est connu pour etre l'une des villes les plus polluees au monde, et je confirme, c'en est effrayant. Je vois regulierement des Iraniens porter un masque, comme les japonnais a Tokyo... Au debut, je prenais le voile blanc qui couvre la ville pour de l'humidite, et si mes yeux me piquaient, c'est parce que j'etais fatigue : un Iranien s'est charge de m'oter mes illusions en m'expliquant que la cause en etait la pollution. Le lendemain, le vent s'est leve et a chasse pour un temps cette atmosphere : j'ai pu voir la difference ! J'ai carrement eu la surprise de voir que la ville etait entouree de hautes montagnes enneigees, ce qui aurait du me crever les yeux des mon arrivee !










A teheran, quelle n'est pas ma surprise de retomber a nouveau dans un cyber-cafe sur mon espagnol amateur de bicyclette !!! Je passe une bonne soiree avec lui.
Et puis en me promenant dans l'un des principaux parcs de la ville, je retombe a nouveau sur un Iranien qui souhaite parler francais avec moi, comme a Marand. Son niveau est bien loin du precedent, mais il est tout aussi agreable et interessant. Et puis moi, avec mes prejuges et mes idees recues, je suis impressionne de voir un simple cordonnier vouloir apprendre le francais pour le plaisir !
Tout de meme, Teheran, je n'y reste pas par plaisir. Il faut vraiment bien chercher pour trouver un endroit calme. Plus j'avance vers l'Est, et plus les gens conduisent (pardon, je voulais dire "pilotent") comme des malades. Ceci dit, je ne vois jamais d'accident, et j'ai moi-meme pris le coup de main pour traverser un boulevard : on se jette dans la masse metalique vrombissante et fumante, et on ressort vivant de l'autre cote sans trop savoir comment (ne pas tenter l'experience Place de l'Etoile a Paris). Il y a bien des feux rouges, des sens de circulation, et des passages pietons, mais a quoi servent-ils, je me le demande...
Enfin bref. Comme ce n'est pas dans cet enfer sonore que je vais me reposer, je ne compte rester que le temps des demarches administratives pour obtenir les visas pour le Turkmenistan et l'Ouzbekistan.
Je deteste l'administration. Des qu'il est question de paperasse, de dossiers, etc, je stress rien qu'a l'idee d'y etre confronte.
Et ca commence bien :
- Je suis arrive un Jeudi, mais pas de chance, toutes les ambassades sont fermes le vendredi (= dimanche pour les musulmans) et le samedi (la, c'est juste pour m'enerver).
- Je loge au centre de Teheran, et les consulats que je recherche sont tout au nord, dans les quartiers riches de la ville, tellement bien planques au fond de petites impasses que personne ne les connait, et je vais mettre 2 heures pour trouver chacunes d'elles apres avoir fait le tour de la moitiee des representations diplomatique du monde !
- Outre qu'elles ne sont ouvertes que 5 jours sur 7, elles n'ouvrent leur guichet que de 9 heures a 11 heures (11h30 pour l'Ouzbek qui remporte le point).
- Comme je ne suis pas en France, les Ouzbeks me reclament un papier de l'ambassade francaise, ce qui me retarde d'encore un jour.
- Les Turkmens me reclament un visa Ouzbek comme condition pour avoir un visa chez eux...
- Le representant Turkmen a l'etranger ne parle pas anglais...
...
Je vais bien, tout va bien, lalala...
...
Bon, il y a quand meme des points positifs : l'ambassade de France a des horaires d'ouverture normaux et ne fait aucune difficulte pour le document d'attestation. Et puis comme ce n'est pas la saison touristique, j'echappe a ma plus grande crainte : une file d'attente de 100 metres de long avec plein de representants d'agences de voyage les bras charges de passeports. Quand on sait qu'il n'y a que 2 heures d'ouverture, ca fait peur. J'avais lu sur Internet qu'il y avait beaucoup de monde et qu'il fallait arriver tres tot. Ce matin, j'etais tout seul a l'ouverture.
Ouf.

Donc, des que j'aurais lance le passeport Ouzbek, j'aurai une semaine pour aller voir les perles du pays : Isfahan, Shiraz, et Persepolis... De belles images en perspective.

vendredi 8 mai 2009

Vers Teheran

Apres Tabriz, direction la capitale. Ca me fait environ 600 km en passant par deux autres grandes villes, Zanjan et Qazvin. Ca a ete vraiment dure, et je n'ai pas pu terminer.

Au debut ca a ete. Premiere etape : Tabriz -> Bostan Abad, 60 km effectues sans problemes. Etape suivante, 50 km, un peu plus dure. Et ainsi de suite, chaque jour plus difficile que le precedent, malgre des distances qui se reduisent au fur et a mesure que je flanche en fin de journee : 55 km, 50km, 45km... Je ne comprends pas ce qui se passe.Et puis je passe une bonne nuit a Soltanyeh : le lendemain, je n'ai aucun probleme pour faire les 45 km de l'etape. Mais ca retombe le jour suivant.
Bon, c'est visiblement un probleme de sommeil.
Analyse : depuis la frontiere, j'ai passe une seule nuit convenable. Je craque. L'hospitalite, c'est bien, mais votre hote vous tiens la jambe jusqu'a 23 heures ou minuit. L'hotel n'est pas vraiment mieux car meme si je peux me coucher quand je veux, je ne peux pas m'endormir avant plusieurs heures a cause du bruit : les fenetres ne bloquent jamais le bvacarme de la rue, et les murs sont fins comme du papier. Resultat, je dois avoir environ 6 heures de sommeil par nuit, quelque chose comme ca... Sauf que moi, il me faut 8 a 10 heures pour recuperer !

En Europe ca allait : je dormais dans la foret, loin de tout, et ne marchais que 40 km. Il faut que je m'adapte.

Bref, j'ai fini par craquer un jour avant d'arriver a Qazvin, a environ 170 km de Teheran.
Le bruit devenait insupportable, la pollution ecoeurante, le traffic de plus en plus dense, le paysage moche, et pour faire bonne mesure, plus un seul hotel de libre a 50 km autour de Qazvin ! Motif : le president iranien fait un grand discours dans cette ville et tout le monde doit y etre.

Le soir, j'etais a Teheran.

Ceci dit, malgre ces petits tracas, il y a tout de meme eu de bonnes choses sur la route.

D'abord, le printemps : des fleurs, plein de fleurs partout sur le bord de la route. Jaunes, bleues, rouges, blanches, sur l'herbe verte, pres des vergers en fleurs, c'est tres joli.
Et puis les iranniens pratiques massivement l'irrigation au lieu d'utiliser les arroseurs dans les champs, ce qui fait que l'eau cours partout avec un bruit de fontaine agreable (quand les camions me laissent quelques secondes de repit).

Ensuite, je suis tombe par hasard sur le plus grand dome de brique du monde ! Le dome
de Soltanyeh. Malgre les echafaudages, ca reste tres beau. Et puis non loin du dome, il y a l'unique monastere de Derviches Tourneurs d'Iran, avec le mausole du fondateur. Le cloitre a ete transforme en hotel, et c'est la que je vais passer ma seule bonne nuit de puis Maku. Il faut dire que les voisins etaient discrets : d'un cote le cimetiere, de l'autre, le mausole.
Et puis le dernier jour, apres avoir "pete les plombs" une premiere fois dans la matinee, je me suis eloigne de la route et me suis enfonce a travers champs. En pleine cambrousse, j'ai rencontre deux iraniens qui m'ont invite a boire le the, mais pas comme d'habitude : une infusion de plante qu'ils appellent "tukludje" (traduction phonetique personnelle)... special, mais pas mauvais...

mardi 28 avril 2009

Tabriz

Au programme : visiter un peu, dormir, reparer ou acheter un nouvel appareil photo, dormir, changer de chaussures, dormir, alleger le sac, dormir, trouver une carte d'Iran convenable, et surtout dormir............
L'hospitalite, c'est bien, mais je me couche chaque fois tres tard et me leve tres tot, et la fatigue s'accumule.

Je prevoyais de m'arreter dans cette ville une journee pour me reposer, mais le reparateur d'appareil photo me demande 2 jours... Je reste donc plus longtemps. Je trouve ma carte d'Iran, j'allege mon sac en envoyant un colis en France, j'achete une paire de rangers dans un rebus de l'armee iranienne, et je me promenne...

Tabriz est une grosse fourmiliere de plus d'un million d'habitants (1,3 je crois). Ce n'est pas la plus fameuse destination d'Iran, mais c'est une citee tres ancienne, dont le Grand Bazar, enregistre au patrimoine de l'UNESCO, a plus de 1000 ans ! Il est aussi grand que celui d'Istanbul, mais je lui trouve plus de charme...










Il y a aussi la Mosquee Bleue,










la Jameh Mosquee, differents musees, d'anciennes batisses... De quoi passer un bon moment. Et puis l'entree des musees ne coute que 30 centimes d'euros : voila ce que j'appelle de l'incitation a la culture !
Il y a aussi les parcs, comme le parc d'Elgoli...
C'est encore une difference que je note avec la Turquie : les parcs sont nombreux, tres frequentes, bien tenus, et fleuris... Decidemment, je trouve aux iraniens beaucoup de savoir-vivre ! J'ai aussi teste la patisserie locale... miam : ils sont doues pour les paves aux amandes et autres gourmandises du meme genre !

En me promenant dans le bazar, je fait la connaissance de Reza, un marchand de bijoux. Comme il voudrait en savoir plus sur moi, il m'invite, ferme sa boutique, et m'emmenne dans les meandre des couloirs du bazar, dans un petit cafe a Narghile, tellement bien planque que jamais je ne l'aurais trouve seul. Il m'offre le the et se fait aider pour la conversatin par un de ses amis qui parle francais. Un peu plus tard, nous sommes rejoins par un iranien accompagne d'une ... japonaise, Takahito. J'ai bien aime ce tableau : un iranien musulman, un europeen chretien, et une asiatique bouddhiste, trois cultures, trois religions, assis a une meme table, parlant paisiblement...

Comme partout, la ville differe de la campagne. Je ne compte plus les iraniens en manches courtes (Alors que j'avais lu qu'il fallait eviter), et nombre de jeunes ont les cheveux long, avec des coiffures plus ou moins rebelles. Les ecolieres affichent beaucoup plus de libertes dans leur tenue, mais je vois aussi beaucoup de mollahs en turbans, et une grande partie des femmes portent le grand voile noir qui les recouvrent de la tete au pied. C'est bete, elles ont une main prise, et certaines le retiennent avec les dents ! Pas pratique...

Rencontres

Tout d'abord un espagnol. Manuel. Je l'ai rencontre sur la route, ou plus exatement il m'a trouve sur son chemin avant d'arriver a Marand. Il voyage a velo, et va d'Istanbul a Katmandu. Il a rencontre le professeur d'arabe de Markan Lar qui lui a parle de moi, alors quand il m'a repere sur la route, il etait tout heureux de pouvoir discuter un peu. Ce type est vraiment sympa, s'emerveillant de tout, et je dois dire qu'une heure passee avec lui m'a beaucoup remonte le moral, ravivant un peu la fraicheur d'esprit que j'avais en partant de France. Je tacherai de garder a l'esprit cette joie de vivre, de decouvrir, pour ne plus me laisser abattre par de simples difficutes physiques !
Je vous invite a aller voir son blog a l'adresse suivante :
http://peacemantraveller.blogspot.com/
Je sais, c'est en espagnol, mais lui, au moins, il a un appareil photo qui marche, et vous pourrez voir les paysages que j'ai vu, puisqu'il est passe au meme moment par la meme route, notament depuis Erzurum et Horasan...

A Marand, lorsque j'arrive a l'hotel, j'ai quelques difficultes a communiquer avec le patron qui ne parle pas anglais. Celui-ci telephone a un ami (Joker !) et une voix en francais me demande de patienter 30 minutes pour qu'il nous rejoigne. Bon. Un peu plus tard arrive donc mon francophone, un vieux monsieur de 73 ans, absolument charmant et tres cultive, parlant un francais impeccable. Je vais passer 3 heures a discuter avec lui. Il a appris le francais par lui meme, pour le plaisir, par amour de la langue, du temps ou ce n'etait pas encore interdit (avant la revolution, sous le Shah). Et il profite de chaque occasion pour discuter un peu avec les touristes de passage. Il connait Victor Hugo et Lamartine, mais aussi (et ca surprend) San Antonio et d'autres auteurs nettement moins classiques : "j'essaie d'apprendre l'argo, mais c'est difficile !". J'ai adore ce bonhomme !
Si vous allez en Iran, faites donc un tour a Marand pour le voir, il vaut le detour.

Vers Tabriz...

Les montagnes enneigees ont disparu de mon horizon, et je marche dans des zones sauvages et nues entrecoupees de zones cultivees, irriguees, plantees d'arbres : c'est tres joli.

Mais les distances sont lourdes. Ca n'a decidemment rien a voir avec l'Europe. Je me rappelle qu'alors, je pouvais marcher 20 jours d'affile sans problemes, mais ici, et depuis le depart d'Istanbul, je suis claque au bout d'une semaine ! C'est beaucoup moins facile. En effet, en Europe, la ou il y a 3 maison, on trouve forcement un cafe. Et on ne fait pas 50 km sans rien trouver. Et bien ici, c'est possible. Et quand il y a un village, il n' a rien dedans, juste des maisons. Alors il faut marcher. 45, 50, 55km... Au dela, je crise. Et entre Maku et Tabriz, je termine 2 fois dans une voiture pour les derniers km...
Je sais que je peux faire 60 km, mais quant a enchainer ces distances tous les jours, sans veritable pause - car le soleil ne s'arrete pas, lui -, c'est different. Je crois qu'il faut que je m'entraine encore, je dois etre trop faible physiquement et mentalement. Apres tout, si d'autres l'ont fait, je dois pouvoir aussi...

Quoiqu'il en soit, j'avance. Apres avoir ete heberge comme un prince a Markan Lar, j'arrive peu avant la nuit dans la ville suivante. On me dit qu'il y a un hotel, mais je ne trouve que des restaurants... Alors que je marche sur le bord de la route, un type sort de son garage de pneumatique et m'invite a prendre le the. Il n'est pas seul, mais aucun des 3 comperes ne parle anglais et la conversation tourne rapidement au n'importe quoi. J'ai alors la surprise de voir l'un d'eux sortir une boulette de haschich et m'en proposer !
Mais bien sur, Arthur !
Je vide mon verre de the, remercie, et me tire en vitesse.
10 minutes plus tard, toujours a la recherche de mon hotel fantome, je tombe sur une voiture de police qui s'arrete a ma hauteur : c'est la troisieme fois que je la vois aujourd'hui, alors forcement ils allaient bien finir par s'arreter. Je profite du controle pour demander le chemin de l'hotel :
- Monte, on va te conduire.
Et me voici assis dans la voiture de police, a cote d'un trouffion arme juqu'aux dents, derriere un officier et son enseigne. Ils s'arretent devant l'un des restaurants que j'avais deja vu et discutent un peu avec le patron. J'apprends que je vais dormir la. En fait, s'il n'y a pas d'etages, ca fonctionne un peu comme un caravenserail : une grande piece commune pour la restauration, la cuisine, et tout autour, des petites pieces avec un tapis au sol. C'est la que dorment les routiers de passage.
Je passe une bonne soiree avec eux, certes tres differente de la precedente, mais j'ai affaire cette fois a des gens qui sortent regulierement de l'Iran et qui ont vu toutes les differences de chaque pays, de l'Europe de l'Est au Pakistan. La conversation est beaucoup plus libre. L'un d'eux est fan de Karl Marx, l'autre milite pour l'independance du Kurdistan... je vois de tout.
Je suis a nouveau tres bien traite par le patron qui refuse que je lui paye le gite et le couvert. Decidemment, l'Iran, ca me plait.

lundi 27 avril 2009

L'Hospitalite Iranienne

Apres Maku, direction Tabriz. Distance : environ 250 km.

Je prends la route (il n'y en a qu'une) sans trop savoir comment je ferai si une intersection se presente, mais heureusement, une fois sur deux, les panneaux routiers sont doubles en anglais. Ouf. Ca me permet d'ailleurs de commencer a apprendre les chiffres en farsih...

La route continue de descendre comme depuis la frontiere, et les montagnes s'eloignent au fur et a mesure, et je me retrouve a nouveau dans l'un de ces grands espaces nus que j'arpentais deja en Turquie. A la difference que l'altitude est tout de meme inferieur et la temperature est agreable, meme lorsqu'il pleut.

Je n'ai absolument aucune idee d'ou je suis ni ou je dormirai le soir. J'avais vu sur google-map qu'il y avais regulierement des villes sur la route, mais je n'avais pas les distances... Alors je marche.

Vers le soir, je trouve une petite ville. La difference avec la Turquie est surprenante : de loin, je ne savais pas s'il s'agissait d'un replis de terrain ou d'habitations ! Outre le fait que les maisons sont basses, sans etage, et faites de briques couleur terre, la plupart des maisons sont recouvertes d'une couche de terre, parfois de ciment. Seule la fumee s'echappant de quelques petites cheminees invisibles signalait la presence humaine de loin. Et pas de grande, belle, et neuve mosquee comme en Turquie ! C'est la voix du muezzine qui m'a confirme la presence d'un edifice religieux, mais je ne l'ai jamais vu...

A l'entree de la ville, quelqu'un m'appelle pour me poser les questions habituelles dans un anglais impeccable : encore un changement par rapport a la Turquie ou les gens ne parlaient que turc, meme les jeunes. Ici, il y a toujours quelqu'un pour parler anglais, parfois francais pour les plus vieux. Bref, cet homme en question est professeur d'arabe, et il me propose de m'heberger. Mais je refuse car il habite a 25 km de la et ne pourra pas me ramener demain. 5 heures de marches pour me retrouver au point de depart, sans facon. Je le remercie et repart.

Bon. Surement pas d'hotel dans une agglomeration aussi reduite, mais on verra bien. Je remonte lentement l'enfilade de petites boutiques qui constitue la rue principale, et une fois au bout, naturellement, je n'ai rien trouve. Mais je sais que je me suis fait remarquer. Je fait demi-tour et a mi-chemin, je me fais evidemment heler par un groupe assis devant un petit restaurant. Exactement ce que je recherchais. On m'invite a prendre le the, on me pose les questions habituelles, et vient la question fatidique : "et tu dors ou ?"
- Il y a un hotel, ici ?
- Ben non
- Alors je ne sais pas...
2 secondes de reflexions et un leger murmure dans le groupe. Un nouveau personnage arrive. Il prend en main la conversation... en espagnol !
- Pas de probleme pour ce soir, si tu veux, tu va dormir chez mon frere ! Voici mon neveu, il va te conduire chez lui et je passerai te voir pour le diner.
- super, merci !

Description de l'hospitalite iranienne dans les regles de l'art, vu par un francais qui n'y connait rien :
Apres les presentations, Farshad - le neveu en question - ferme sa boutique et m'emmenne chez lui. Il me presente son frere, sa mere, sa femme, et sa petite soeur, et me fait assoire sur le tapis. Une minute plus tard, j'ai devant moi une grande assiette de potage : il est 19 heures environ, je me dis que c'est surement le repas. Je l'avale tout en discutant avec Farshad. Son frere ne dit pas grand chose, et cote femmes, seul la mere s'autorise quelques commentaires. Dans l'ensemble, elles font le service pour les hommes en silence et mangent dans la cuisine. Quoiqu'il en soit, tout le monde se montre tres attentionne.
Arrive ensuite le pere qui rentre sans doute du travail. Farshad se leve et lui cede sa place. A present que toute la famille est la, je commence a saisir le principe de la hierarchie familiale : le pere a sa place pres du poele avec le plus grand coussin. Quand il n'est pas la, c'est son fils aine qui siege. L'invite - moi - est a sa droite. Et sur le mur d'en face, il y a donc les 2 fils, et la mere de temps en temps. Sur les cotes apparaissent et disparaissent les autres femmes, en fonction des besoins du service. Quand Mustapha, l'iranien qui parle espagnol, arrive vers 21 heures, il se place entre moi et le chef de famille (son frere). Chacun sa place, chacun son role.
Avant l'arrivee de Mustapha, on m'offre de me laver les pieds et les mains, et puis Farshad et sa mere sortent un beau polo tout neuf et me disent de le passer. Je prosteste, insiste, rien a faire. Bon, je le mets en esperant qu'il ne s'agit que d'un pret pour la soiree.
Entre 19 et 21 heures, le the coule a flot. Avec ce que j'avais deja bu dans la journee, je dois bien etre a 15 ou 20 verres... Une fois Mustapha arrive, la discution roule beaucoup plus facilement, et le vrai repas commence : plat chaud unique. La soupe de 19 heure sert d'entree, et il n'y a pas de desserts. Cependant le plat et consistant et je n'ai plus faim.
Vers minuit, dodo. Il etait temps, je n'en pouvais plus. Je vais dans la piece d'a cote ou m'attend une epaisse couverture et un oreille.
Un mot au passage sur la maison : j'ai dit que l'aspect exterieur ne payait pas de mine, mais l'interieur est tres joli, et tres simple. Pas de meubles, juste des tapis au sol, et des coussins le long des murs blancs. On s'assoie par terre, on mange par terre, on dort par terre. J'ai tout le temps d'admirer les tapis et la decoration qui rendent l'habitation chaleureuse et accueillante.
Le lendemain matin, je suis le premier leve, vers 6 heures. Je reveille Farshad qui dors dans la meme piece que moi afin de lui dire au revoir. Celui-ci bien qu'encore endormi se leve aussitot pour se mettre a mon service. Il veut me donner quelque chose a manger avant de partir, mais comme ses parents dorment dans la piece commune, je ne veux pas les reveiller. J'ai toutes les peines du monde a le dissuader. J'ai egalement plie soigneusement le polo dans un coin et fait mine de l'oublier, mais ca ne marche pas : il le repere et me le redonne : mais non ! Mais si ! Mais non ! Mais si ! etc... bref, je suis reparti avec. Et il tiens absolument a me reconduire en voiture jusque sur la route nationale situee a 200m.
Et je repars pour une nouvelle journee, ravi de cette experience !

J'espere que j'en aurais d'autres avec un appareil photo, cette fois !