jeudi 3 septembre 2009

Decouverte du Penjab

Une petite randonnee de 6 jours sur la route nationale N5 reliant Rawalpindi a Lahore.

Pas terrible, finalement, je m'attendais a mieux, mais je crois que je n'etais pas au bon endroit pour profiter des beautes du coin. Dans l'ensemble, les 290km de route sont une succession de villes plus ou moins grandes separees par seulement quelques kilometres de campagne tres verte. Pour ce que j'en ai vu, ce sont surtout des petites parcelles cultivant le ble ou le riz grace a l'irrigation. Plutot joli, en fait. Tres loin en tout cas des grands espaces agricoles de l'Ouzbekistan, d'Iran, ou de Turquie. Ci-joint la seule photo un peu jolie que j'ai reussi a faire...



Par contre, il y a du monde partout. C'est surpeuple. Et le fait de quitter la capitale n'a rien change au bruit, la salete (carrement repoussante dans la ville de Dina !!!), etc.
Et une chaleur incroyable qui allait croissante a mesure que je descendais vers le Sud. Un four.
Des la fin du premier jour, mes vetements et mon sac etaient gluants. Le deuxieme jours, avec la poussiere collee, j'avais un telle allure de mendiant qu'un type a voulu me donner un billet de 500 roupies !!! (6 dollars, mais un gros billet pour le Pakistan)
En plus de la chaleur, pour corser un peu la chose, c'est le ramadan depuis le 24 aout. Ca devient vraiment dure de trouver a manger. Je dois me rabattre sur les stations services qui proposent des cochonneries a grignoter en attendant la tombee de la nuit, et je tache de me planquer un peu pour ne pas etre embete par des musulmans peu comprehensifs. Heureusement, la chaleur coupe l'appetit, mais dans l'ensemble, j'ai perdu pas mal d'energie sur la route. Vivement l'Inde !

A part ca, les gens dans l'ensemble sont plutot gentils et accueillant. Pas comme en Iran ou en Asie centrale, mais bon, on m'accueille souvent avec le sourire. Quand aux policiers, s'ils ont une tres mauvaise reputation de corruption, ils ce sont tous montre tres gentils avec moi, proposant systematiquement leur aide quand ils me trouvaient sur la route.

Petite histoire de flic (je fais collection, maintenant : une par pays !) :
Un soir, alors que je voulais m'arreter a Wazirabad, l'hotelier m'a demande d'aller au poste de police pour confirmer mon identite. Je le comprends, car l'ambassade de l'Inde ayant garde mon passeport pour le visa, je n'avais qu'une photocopie a montrer pour la fiche de police. Et avec ma tete, il est normal de se mefier. Donc je vais au poste de police, et apres avoir fait le tour de toute la hierarchie pour expliquer mon probleme, j'arrive dans le bureau du capitaine. Ce dernier appelle le service concerne a Islamabad, mais comme c'est ramadan et que le soleil vient de se coucher, le service est ferme et tout lemonde est parti manger. Ne sachant quoi faire, je discute un peu avec l'officier qui parle bien anglais, et le courant passe bien. J'apprends que sont cousin fait actuellement ses etudes en france, a Saint-Etienne, je crois. Quand il constate qu'il ne pourra jamais avoir le service des passeports, il me propose de dormir dans la caserne. Gratos.
J'ai passe la nuit sur un lit de camps dans une piece a cote et suis repartis le lendemain matin sans problemes. lol.

La suite

Apres la vallee de Hunza, je suis descendu a Islamabad... en bus. OK, j'aurais pu le faire a pied. Le probleme, c'est que tout le monde deconseille la marche entre Gilgit (sud de la vallee de Hunza) et la capitale pour cause de menus troubles religieux... mais surtout parce que le ramadan approchant, je me suis dit que ce serait tout de meme galere de marcher le ventre vide.
J'y suis donc arrive des le 19 aout dernier, avec pour objectif de recuperer le visa indien.

Pas grand chose a dire de Rawalpindi et d'Islamabad. Ces deux villes ne sont separes que d'une quinzaine de kilometres, mais l'expansion urbaine les a rapidement reuni en une agglomeration unique de plus de 2 millions d'habitants. Aujourd'hui, pour ce que j'en ai vu, Islamabad represente les quartiers riches et rawalpindi les quartiers populaires.

Creee en 1950 pour servir de capitale juste apres l'independance du Pakistan, Islamabad ("abad" = "ville") est une ville a l'americaine, faite de blocs de maisons numerotes G3, G4, G5, I6, etc... sans aucun charme. Rawalpindi, en revanche, est une ville beaucoup plus ancienne au trace nettement plus anarchique, mais sans monuments ou sites touristiques comme Lahore. Son seul atout pourrait etre la "vivante (tres) effervescence de ses bazars", sauf que pas de chance pour moi, cette effervescence en question m'a surtout pris la tete des la descente du bus !

Sortant du calme des montagnes du nord, le contraste etait un peu trop fort.

Soyons franc, c'est un bordel monstre, cette ville. Surpeuplee, au moins aussi bruyante que Teheran (sinon plus), d'une saletee incroyable, le tout dans la chaleur enorme qui semble caracteriser le Penjab au mois d'Aout...
Les rues ne sont qu'une succession de petites echoppes dont l'activite deborde comme d'habitude jusque sur la route, les facades sont couvertes d'enseignes commerciales tellements nombreuses qu'il est impossible de les distinguer, les conducteurs sont plus dangereux que tous ceux que j'ai pu voir jusqu'a present, et toute la ville baigne dans une odeur de decomposition due aux decharges sauvages presentes partout. Je n'ai pas vu durant mon court passage en ville de service public pour le ramassage des dechets, et tout le monde jette tout partout : j'ai vu pire par la suite, mais deja, Rawalpindi m'a tout de suite remis en memoire les pire moments de mon passage en Albanie et au Montenegro.

Bref, a peine arrive, je voulais repartir. J'ai depose ma demande de visa a l'ambassade de l'Inde, et j'ai pris la route, a pied cette fois, vers Lahore.

Les camions pakistanais...

... ou comment transformer un vehicule en oeuvre d'art :











J'ai appris plus tard que si chaque chauffeur decors son camion comme il veut, chaque ville ou region du Pakistan a ses propres criteres pour la decoration.














Quoiqu'il en soi, et malgre le fait qu'ils soient super polluants, ils sont tous magnifiques !

Je me demande comment sont les vehicules en Indes ?...

dimanche 30 août 2009

Vallee de Hunza

Apres la Chine, la "Karakorum Hyghway" descend vers Islamabad en traversant d'abord la vallee de Hunza. Si j'ai bien compris, c'est une valle assez celebre car l'activite touristique y est importante. Et elle le merite. De grandes montagnes brunes et desertiques, parsemees d'oasis creees par l'irrigation et des siecles d'efforts de la part des habitants. Tres gentils, d'ailleurs, ouverts et serviables !

J'ai vraiment aprecie ces premiers jours au Pakistan !!!

La valle de Hunza est une zone un peu a part dans ce pays : les habitants sont essentiellement ismaeliens, et portent le bonnet afghan. Sans doute a cause de leur religion, sans doute aussi a cause des difficiles conditions d'acces a la vallee, l'etat Pakistanais ne semble pas tres actif dans la vie locale, mais beaucoup de choses sont faite par l'Aga Khan. C'est un peu long d'expliquer ici ce qu'est l'Aga Khan et l'AKDN, alors je vous renvois sur google si vous ne connaissez pas.


En tout cas, l'accueil de tous les habitants que j'ai rencontre m'a laisse une excellente impression.


Et les paysages... impressionnants ! Il n'y avait pas de neige au col de la frontiere a 4800m, mais au village de Pasu, ou j'ai passe ma premiere nuit, le glacier descend jusqu'a 2800m !














Dans l'ensemble, la route suit la riviere encaissee entre de hautes montagnes, et de place en place, des taches vert sombres signalent la presence d'un village. Ceux-ci sont composes de petites maisons de pierres seches sans etage, entoures de terrasses irriguees pour l'agriculture.




dimanche 16 août 2009

A travers l'Himalaya

La route s'appelle "Karakorum Highway".
Construite par les chinois, elle permet de relier Kashgar a Islamabad, la capitale du Pakistan, a travers la chaine des montagnes de l'Himalaya. Cette route exige un travail de titan, effectue dans des conditions difficiles (on imagine bien), et les travaux sont toujours en cours aujourd'hui et pour encore plusieurs annees.
Notamment sur la partie Pakistanaise du trace, il s'agit surtout d'une piste chaotique et parfois dangereuse, mais le paysage est incroyable.

J'ai pris cette route entre le 12 et le 13 aout. A cette periode de l'annee, il y a tres peu de neige, et globalement, tout n'etait que roche et paysage desertique jusqu'a 5000m d'altitude. Au-dela seulement, les pentes enneigees et les glaciers refletaient le soleil.

Manque de chance, le bus que j'ai emprunte pour aller au Pakistan etait un bus climatise aux fenetres condamnees. Evidemment, les quelques photos que j'ai tente de prendre refletent essentiellement la crasse de la vitre, toutefois, au fond du bus, deux fenetres s'ouvraient, et a l'une d'elle il y avait Yves et Laly, un couple de voyageurs dote d'un bon appareil photo. Pour de belles images de voyages, et entre autre les photos correspondant a cette magnifique route dans l'Himalaya, je vous conseil leur blog :
http://vueltitalmundo.blogspot.com


Le voyage s'est fait sur deux jours. Partis de Kashgar vers midi, le bus est lentement monte dans les montagnes jusqu'au poste de Tashkurgat ou nous avons passe la nuit. Le lendemain, nous avons subi les formalites de sortie (heureusement plus courtes qu'a l'entree). Je me sentais comme un ecolier avant un examen : parmis les nombreuses rumeurs, l'une d'elle signalait que les chinois refusaient de laisser sortir les gens qui n'avaient pas le visa pakisanais... Mais tout c'est bien passe. Plus le choix a present, ca doit passer, car je ne peux plus revenir en arriere une fois sorti.

Puis le bus s'est elance vers les hauteurs du toit du monde. La frontiere se trouvait beaucoup plus loin, a l'altitude impressionnante de 4800 m !!!!
J'ai ete tres surpris de ne pas y voir de neige, mais j'ai appris plus tard que tous les ans, pendant seulement 10 a 15 jours, la neige disparaissait jusqu'a 5000m, et je suis passe justement a ce moment-la. Naturellement, le poste douanier pakistanais se trouvait beaucoup plus loins. Nous avons mis des heures a le rejoindre en redescendant de l'autre cote du col. Ca me rassurait un peu : il me semblait tout a fait invaissemblable qu'on me refuse l'entree dans ces conditions, mais comme toujours avec les frontieres, tant que ce n'est pas fait, il n'y a rien de fait.

En fin d'apres-midi, le bus est arrive a Sost, le poste frontiere. Pendant que les gens reglos faisaient tamponner leur visa, je me suis retrouve en compagnie de trois australiens et d'un anglais dans le meme cas que moi dans un bureau. Le personnage qui nous a accueilli etait souriant et sympatique. Il a commence par me dire en rigolant que je ressemblais a un terroriste taliban, puis, voyant sans doute que nous etions un peu crispe (surtout moi, je crois !), il en a rajoute dans la detente : "Take it easy, take a sit, no problem"

OK, la, je suis sur d'avoir un visa de transit. Reste a savoir pour combien de temps...
Je suis sorti pour photocopier mon passeport, et a mon retour, j'ai appris que nous avions tous... un mois !!! Visa touristique renouvelable deux fois... Grand luxe ! J'etais fou de joie ! Ca paraissait presque trop simple, apres tout ce temps a me prendre la tete pour savoir comment entrer.

Nous etions le 13 Aout. Le lendemain, j'ai pris note de mes 27 ans, avec en cadeau un super pied-de-nez a mon gouvernement et un voyage au Pakistan.

Et apres ?

Ces derniers temps n'ont pas toujours ete des plus simple. Malgre une semaine magnifique dans les montagnes khirghizes, je n'ai pas vraiment de raisons de me rejouir : ca fait combien de temps que je ne marche plus ?!?
Faire les comptes commence a faire peur : 4 jours a Tashkent pour le visa Khirghize suivi de seulement deux ou trois jours de marche. Une semaine d'inactivite entre mon depart de l'Ouzbekistan, et la reprise de la marche depuis Osh. Puis deux semaines d'attente pour mon visa chinois. Et maintenant ?
Je veux marcher.
Pour ca, je dois sortir de cette impasse geographique ou je me trouve aujourd'hui.

En verite, je n'ai toujours pas renonce au Pakistan. J'ai essaye au consulat Pakistanais a Bishkek, mais la reponse etait la meme : pas de lettre ? Pas de visa.
Cependant, a plusieurs reprises, des voyageurs m'ont signale la possibilite de passer au Pakistan par la frontiere Chinoise. Il parait qu'il est possible pour un francais de se presenter et de demander un visa de transit directement au poste frontiere.
Mais rien de sur. Je n'entends que des "je crois que", "j'ai entendu dire que", "c'est surement possible"... rien de concret. Je n'ai jamais trouve quelqu'un qui me dise : "je l'ai fait, ca marche".

Mais j'en ai marre. Et puis je me dis que si je me presente a la frontiere Pakistanaise, c'est que j'ai d'ores et deja passe la frontiere chinoise : ils ne peuvent pas me renvoyer en arriere... Ou sinon, j'ai encore suffisemment de dollars pour monnayer le passage.


C'est avec ce genre d'argument que j'essaie de me rassurer lorsque, a Kashgar, je fais le tour des possibilites pour rejoindre la Chine. Mais dans le fond, la decision est deja prise.

Le lendemain de mon arrivee a Kashgar, j'ai pris le bus pour Sost, dans les montagnes au nord du Pakistan.

Inch' Allah.

samedi 15 août 2009

Kashgar

Qu'est-ce que je fais a Kashgar ?

Ce n'etait absolument pas sur ma route au depart : comme je le disais dans mon message "visas", j'etais cense marcher de Samarcande a Dushambe, capitale du Tadjikistan, pour ensuite prendre un avion pour le Pakistan...
Faute de visa pour le Pakistan, J'ai eu le choix entre prendre un avion directement pour New-Delhi, soit passer par la Chine.
J'ai donc pris cette route, mais une fois a Kashgar, ou aller ? En discutant avec les voyageurs dans les guest houses, l'idee a emergee de tenter d'y obtenir un permis pour le Tibet et de rejoindre par la le Nepal, et ensuite l'Inde... Ca, c'etait au depart de l'Ouzbekistan. Depuis, j'ai eu le temps de discuter avec des tas d'autres voyageurs parcourant l'Asie Centrale en tous sens, et une autre possibilite est apparue, beaucoup plus tentante... mais j'en parlerai plus tard.

Revenons a Kashgar.

Kashgar etait un carrefour important de la route de la soie, et on y retrouve encore aujourd'hui un interressant melange de populations Ouighours, khirghizes, Ouzbeks, Kazakhs, Tadjiks, Russes, et Hans.
Recemment, comme vous l'avez surement etendu, il y a eu de vastes emeutes a Urumqi, la capitale du Xingjiang, ainsi que des manifestations vite dispersees dans les autres grandes villes de la region comme Kashgar. Les choses sont parfaitement calmes a present, mais il reste toujours des milliers de soldats chinois en tenue anti-emeute postes a chaque carrefour. Il semble que les Ouighours aient reussi a faire peur au gouvernement central.

Je n'ai malheureusement passe qu'une journee dans cette ville, ce qui ne laisse guere le loisir de vraiment se plonger dans l'ambiance, de tout voir, et de tout comprendre.
Mais le peu que j'en ai vu m'a bien plu.
L'avantage de ces cultures orientales, c'est que tout se fait dans la rue :
les artisants y travaillent,
les restaurants y font cuire leurs brochettes (enfumant par la meme leurs concitoyens),
les boulangers y font leur jolis pains decores, repandant une bonne odeur qui chatouille les narines, les commercants y vendent leurs produits jusqu'au milieu de la voie, ce qui engendre un fouillis impressionnant de vehicules et de pietons slalomant au milieu de tout ca dans un concert de klaxon, de cris, de chants, ...

Cependant, le bruit des moteurs se fait discret dans cette ville : tout le monde roule en scooter electrique ! Un vrai confort pour les oreilles, mais on ne les entend pas venir dans le dos...






Je me suis promene une bonne partie de la journee, et vers le soir, mes sandales ont eu la "bonne" idee de craquer juste devant l'echoppe d'un cordonnier : dire qu'il y en a qui n'ont pas de chance dans la vie... ;-)





Je regrette un peu de ne pas y avoir passe plus de temps, car la cuisine locale semble particulierement riche : brochettes de mouton a toutes les sauces, plats de pates varies, cuisine chinoise, polo (sorte de riz pilaf avec des ognons, des carottes et des poivrons), toutes sortent de choses plus ou moins epicees...
Mais en meme temps, si j'etais reste pour tout gouter, j'aurais pris un certain nombre de kilos superflux rapidement, et ce n'est pas le moment.

A part ca, il ne reste pas grand chose de l'ancien Kashgar, et le peu qui reste est en train de disparaitre sous les coups de boutoirs des bulldozers chinois, tout a leur oeuvre civilisatrice : remplacer aussi vite que possible ces vieilles maisons de brique et de bois par de sinistres immeubles flambant neufs et fleurant bon le progres social.
Les anciennes maisons encore presentes sont regulierement couvertes de panneaux publicitaires chinois... Ca devient dure de prendre une photo sympa dans cette ville. Et pour ceux qui voudraient y aller un jour : depechez-vous ! Il n'y en a plus pour longtemps !