mardi 21 juillet 2009

Vers la Chine

Ce trajet est peut etre le plus beau et le plus agreable que j'ai pu faire depuis le depart de France.
Il faut 6 jours pour relier a pied la ville d'Osh, sur la frontiere Ouzbek, a Irkeshtam, sur la frontiere chinoise.
Le premier jour, la route s'est contente de traverser la campagne puis a monter dans les collines. Rien de notable a signaler. Je me suis fait heberger le soir par un villageois croise sur la route. J'etais un peu inquiet car je me suis rendu compte en le suivant qu'il etait un peu bourre (la vodka coule flot dans toute l'Asie Centrale), et sa femme a commence par me jeter un oeil noir en voyant son mari rentrer a la maison en zigzagant avec un invite surprise, mais finalement, ca s'est rapidement degele, et j'ai passe une soiree tres agreable.
Le lendemain, la route a pris de l'altitude pour passer un premier col a 2400 m. Le decors campagnard s'est transforme, laissant la place a de vert paturages d'herbe rase ou paissent chevaux, vaches, et moutons.
Au col, plusieurs yourtes ont ete posee, et quelques khirghizes ont monte des petits commerces sur le bord de la route. Je suis invite a dejeuner par le patron d'une Yourte-Hotel pour touristes, et teste le Koumiz pour la premiere fois.
Le Koumiz est en quelque sorte la boisson nationale : du lait de jument fermente. A esquiver autant que faire se peut ! C'est pas bon...
En passant sur la route, j'ai pu observer que les poulains etaient presques tous attaches en groupe, non loin des tentes : la jument est donc obligee de se deplacer pour le nourrir, et le khirghiz peut ainsi la traire sans avoir a courir apres. Ensuite, le lait est mis dans un sac plastique laisse au soleil et regulierement agite. Une fois pret, il a pris un gout un peu acide et tres legerement alcoolise (2 ou 3%). Les nomades le vendent ensuite sur le bord de la route, dans des bouteilles de 1 a 5 litres qui peuvent de ce fait rester plusieurs jours de plus au soleil... On ne tombe pas malade en le buvant, mais je confirme ce que la plupart des gens disent : c'est vraiment pas agreable.


Ici, cette petite kirghize voulait que je la prenne en photo : elle attend sur le bord de la route un client pour sa bouteille de koumiz, et quand elle l'a vendue, elle va en chercher une autre a la yourte derriere, dans l'alpage.

Je passe le col, et la route effectue une serie de lacets pour redescendre : pourquoi faire des km superflux quand je peux aller tout droit ? De plus, la pente semble herbeuse et verte a souhait. Je me lance donc dans les pres en ligne droite. Mais mes sandales iraniennes sont fatiguees, et le terrain nettement plus difficile vu de pres... Lorsque je me dis que je vais y laisser mes chaussures, crac ! Elles me lachent dans la seconde qui suis. Me voici pied nu dans la montagne. C'est plutot agreable dans l'herbe, mais une fois revenu sur la route, c'est galere : je n'ai pas les pieds assez dures.
J'ai parle de route, mais en fait, il s'agit d'une piste, avec plein de cailloux et de gros graviers.
Je dois vous dire que les Chinois refont la route entre Kashghar et Osh. Cette voie supporte tout le commerce entre les deux regions et se trouvaient (se trouve encore par endroit) dans un etat epouvantable. Moi, je m'en fiche, je suis a pied, mais les vehicules sont mis a la torture. Donc, presque toute la route que j'ai arpente etait en travaux, sans bitume, avec plus ou moins de trous. Bref, pieds nus = bobo.
Je suis pris en stop par une voiture dans laquelle se trouve une kirghize sympatique et anglophone qui m'invite chez ses parents : me voila case pour la nuit. Je suis comme d'habitude tres bien accueilli, mais comme mes hotes ont decide de presenter le touriste a tout le monde, je fait le tour de plusieurs maisons qui sont chaque fois l'occasion de descendre plusieurs bieres et vodka ! Ils boivent comme des trous, meme les femmes, et je ne peux pas suivre bien sur. J'arrete les frais a la cinquieme vodka, mais malgre cette reserve, le depart du lendemain matin s'avere difficile.
Je marche bien cependant, car le soir, j'arrive au Sud du pays, et la route tourne vers l'Est apres un premier col a 3600 m d'altitude, puis un second a 3500. Le paysage est magique, et je trouve mes premiers Yaks !








De hautes montagnes, couvertes comme toujours d'herbe rase et verte, un ciel bleu profond, un air pur, et quelques yourtes isolees entourees de troupeaux de chevaux ou de moutons...
Et le silence... un vrai silence, seulement perturbe par le cris d'un aigle dans le ciel. Meme ma respiration me semble faire un vacarme disgracieux.
J'ai soudain envie de m'arreter.
J'ai envie d'oublier le froid et la faim, de m'assoire sur un rocher, et de regarder l'ombre des nuages glisser sur les pentes pendant des jours, des annees, des siecles...
J'aurais voulu figer ces instants de quietude, arreter le temps !
Ce sont mes jambes qui m'ont dit de repartir : ma tete et mon coeur seraient bien restes...







J'ai du me secouer pour continuer le lendemain, mais une autre surprise m'attendait.
Apres les deux cols, la route redescend a environ 3200 m d'altitude, et arrive au village de Sary-Tash. Les montagnes s'ouvrent alors et laissent la vue s'epanouir sur une plaine (si tant est que l'on puisse parler de "plaine" a cette hauteur) etroite, limitee en largeur par... un mur.
Immense.
Blanc.
Les montagnes du Pamyre.








Une barriere de roche et de neige scintillante sous le soleil qui s'etend d'Est en Ouest jusqu'a l'horizon, limitant la vallee a une largeur de quelques km seulement, et dont les pointes qui se perdent dans les nuages peuvent depasser 7000 metres d'atitude ! J'avais par exemple le mont Lenine sous les yeux qui pointait a 7154 m d'apres mes infos... Meme depuis une hauteur de plus de 3000 m, ca parait gigantesque.
Un paysage fantastique dont je n'arrivais plus a decrocher les yeux.










Ce genre de paysage que l'on imagine dans les histoires qui parlent d'un pays cache protege par une barriere de montagnes infranchissables, et sur lequel courrent toutes sortent de mythes et de legendes. Plus simplement, ici, c'est la frontiere avec le Tadjikistan, mais tout de meme !









Il aura fallu un changement de climat pour me ramener sur Terre : un vent froid et fort s'est leve, des nuages se sont accumules me coupant de la chaleur du soleil, et quelques gouttes de pluie ont commence a tomber... Alors seulement j'ai pris conscience que j'etais glace, absolument pas equipe pour le froid, pieds nus en sandale sur un col a 3500 m, sur une route defoncee ou ne passait presque personne, que le soir commencait a tomber... Et evidemment, plus une seule yourte pour m'accueillir. Apres une demi heures de marche ou mon imagination s'est mise a faire des bonds, j'a pris le premier 4x4 qui passait et suis retourne dormir a Sary-Tash. J'ai appris a cette occasion que si j'avais continue encore un peu au lieu de betement me faire peur tout seul, j'aurais trouve des yourtes pour m'accueillir un peu plus loin... Toujours pareil, manque de maitrise.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

La photo de la petite kirghize est tout simplement magnifique.

Bravo pour ce récit qui laisse rêveur et bon courage pour la suite !

Julien (du cours Germain)