jeudi 2 avril 2009

Une belle journée

Levé vers 6 heures du matin, départ vers 6H30, sous un beau soleil et un ciel sans nuage.
Visiblement, le paquet de chips a fait son effet. Les anciens grecs sacrifiaient un taureau blanc, c'était plus impressionnant, mais que voulez-vous, c'est la crise...
Bref je sors rapidement de Siraz et m'engage dans la campagne. Il fait bon, personne sur la route, le calme, les oiseaux qui chantent... Des conditions de marche presque parfaites. Je rêve, dors, pense, et les kilomêtres défilent sans que je m'en aperçoive. Le soleil est haut et il commence à faire chaud : j'enlève l'écharpe, puis la combinaison de froid, et plus tard le pull et le manteau : me voilà en T-shirt, comme au bon vieux temps. Mes bras vont enfin voir le soleil !
Le paysage est orné des montagnes blanches de neige qui bordent l'horizon.
Je passe devant un petit batiment et un garde s'intéresse au piéton et m'offre le thé pour causer 5 minutes. Ça tombe bien j'avais envie d'une pause. En début d'après-midi, j'arrive à ma destination. Déjà ? Eh oui, j'ai fais les 35/40 km de l'étape presque sans les voir ! Coups de chance, malgré la taille réduite de la bourgade, il y a un hôtel. Le patron est un arménien rigolo qu m'invite pour un autre thé et nous discutons avec ses amis. Ensuite il me fait un prix et je récupère une bonne chambre pour 5€. Je sors faire les courses et quelqu'un d'autre me propose encore un thé pour pouvoir me poser des questions ! Je vais faire trois courses pour le diner, et cette fois, c'est le gérant du magasin et les caissières qui offrent !
Le soir tombe. Le patron de l'hotel me confie à ses amis qui m'emmènent dans un restaurant au bord d'un lac à quelques km, et je dîne avec une truite grillée, mais oui !

Des journées comme celle-là, j'en veux bien plus souvent !

Le soleil s'est maintenu toute la journée et celle du lendemain : c'est sûrement le printemps ! Ça veut dire que dans un mois ou deux, je pourrai enfin recommencer à me plaindre de la chaleur insupportable et des températures scandaleusement élevées ! Chouette !!! ;-)

le Kangal

Lorsque j'ai lu le livre "Longue Marche" de Bernard Olivier, un normand à la retraite qui a fait Istanbul-Xian en 4 x 3 mois entre 2000 et 2004, j'avais trouvé une description des kangals.
J'en ai retenu l'idée d'un monstre énorme et sanguinaire, la bave au lèvres, sautant sur tout ce qui bouge... Pardon à tous ceux qui m'ont entendu en parler de cette façon, je vais corriger le portrait dans ce message.
D'abord, un kangal, c'est un chien, juste un chien. Avec des réactions et des instincts canins normaux. Pas un monstre sanguinaire.
On ne les trouvent pas en ville, seulement à la campagne, mais là, ils sont partout ! La première fois, de loin, j'avais cru voir un labrador avec son pelage blond. Mais de près, on remarque tout de suite que la pointe de ses oreilles et son museau sont noir. Le poil est plus fournis que celui d'un labrador, mais c'est peut-être son pelage d'hiver ? Et puis ce n'est pas énorme : à peine plus gros qu'un berger allemand.
Certains chiens ont un pelage beaucoup plus foncé, presque noir : si j'ai bien compris, ce sont des chiens loups (kangal + loup gris d'anatolie).
Dès que je trouve un beau spécimen je vous mets la photo.

Je suis d'accord pour dire qu'ils me semblent un peu plus virulents que la plupart des autres chiens, mais bon, pas de quoi en faire un plat. En fait, leur comportement est le même que d'habitude. J'entends par "habitude" que je me fais hurler dessus par tous les chiens de la campagne depuis mon départ de France et que ça ne me change guère. Quelle que soit la race, ils me casse tous les oreilles, mais c'est tout. D'ailleurs, les plus appliqués à me faire perdre des dixièmes d'audition étaient les chiens grecs, pas turcs.
D'après ce que j'ai pu observer, et quel que soit le pays, les chiens à la campagne sont rarement dressés. Ils vivent là où ils sont nés, et respectent celui qui les nourrit, et pour le reste, ils font ce qu'ils veulent et défendent ce qu'ils considèrent comme leur territoire. Les kangals ne font pas exception, et quand je dis qu'ils sont un peu plus virulent, c'est juste qu'ils ont tendance à être plus démonstratifs. Depuis la Slovénie, j'ai eu régulièrement sur les talons de 1 à 5 chiens aboyant et grognant jusqu'à ce que je passe leur territoire, et puis ils se détournent et rentrent chez eux. Ça peut être impressionnant quand ils sont nombreux, mais ça reste une simple et bruyante démonstration.
L'exemple le plus impressionnant et théâtrale m'a été donné par une femelle kangal : je suis sur la route et visiblement je suis sur son territoire car je vois la bestiole me foncer dessus en aboyant aussi fort qu'elle peut. J'ai l'habitude, j'en ai cinq par jours des comme ça. J'applique la méthode simple du gros mammifère placide : je pousuis ma route à la même vitesse sans m'occuper du/des chiens qui me suivent alors jusqu'au bout du territoire. Sauf que là, en plus de me casser les oreilles, cette femelle ne cesse de passer devant mois sur le côté, derrière, toujours grognant, montrant les crocs, allant même jusqu'à mimer des attaques : elle me laisse 3 ou 4 m d'avance et s'élance pour s'arrêter juste sur mes talons et m'achever les timpans... Ça va, ça va, on se calme, je ne fais que passer !
Et puis arrivé au bout de son terrain, elle se tait brusquement, se retourne et s'en va sans plus s'occuper de moi. Comme d'habitude, en fait, mais tout de même, quelle violence ! Je me retourne pour la regarder partir, et dans le fossé plus loin, je vois une, deux, trois petites têtes de chiots qui me regardent avec curiosité...
Maman défendait ses petits ! C'est pas mimi la nature ?

Non, sans rire, et pour faire taire les critiques : j'aurais je crois plus de "chance" de me faire mordre par un pitt-bull dressé à l'attaque dans la banlieu de Rouen que par un kangal dans la campagne turc.
Je signale également à ceux qui verraient certaines photos sur Google que les turcs sont petits ! Il est donc normal que le kangal paraisse grand. C'est vrai, en France j'ai une taille standard, mais en Turquie, je fais partie des plus grands et domine presque tout le monde d'une tête voir deux ! La tête d'un kangal m'arrive à la cuisse, pas plus.

mercredi 1 avril 2009

Polis et Jandarmas...

J'ai plutôt l'habitude de critiquer l'activité de tout ce qui porte un uniforme...
En Turquie, je dois tout de même avouer que ça se passe très bien. Attention, je n'inclue pas les douaniers dans le tas : je crois que certains d'entre eux font ce métier pour le seul plaisir d'embêter le monde impunément.
Mais concernant les policiers et les jandarmas turcs, je suis agréablement surpris ! Je sais qu'il ne faut rien leur demander car ils risquent de faire leur métier et je n'ai pas le temps de jouer avec eux, mais pour ceux qui m'ont arrêté sur la route ou que j'ai simplement croisé, ils sont sympatiques et souriants pour la plus grande part, comme le reste de la population. Tous curieux de savoir qui je suis et ce que je fais. Depuis Istanbul, j'ai eu plusieurs fois des propositions de prise en stop (refusées, bien sur), certains m'ont offert le thé pour écouter mon histoire, j'ai même eu un officier des jandarmas qui m'a offert un petit déjeuner ! Pain, olives, fromage, thé, et evla (pate sucrée que l'on trouve en France) ! Pas mal, je trouve. Et une fois sur deux, ils se moquent bien de mon passeport. Bref, ça va bien, il semble que j'ai un bon feeling avec les turcs en uniforme, et ça mérite d'être dit.

De la neige, de la neige, de la neige !

Quel est le nain de jardin qui m'a dit qu'il faisait chaud en Turquie !?! Si je l'attrape, ça va lui faire mal. Très mal. Y'a des boules de neiges qui se perdent !
Non mais sans blague, j'avais déjà eu de la neige avant d'arriver à Ankara, et ça continue après Yozgat. Je suis arrivé sous le soleil à Sorgun, mais le lendemain, je constate qu'il a neigé pendant la nuit : manteau blanc sur tout le pays ! Et une heure après mon départ, la neige reprend . Le vent n'arrange pas les choses mais j'ai la technique : je mets mon parapluie contre mon épaule et le manche en travers de la poitrine, le vent violent le maintient en place et je peux marcher les mains dans les poches sans le tenir, tranquille. Et il neige et il vente toute la journée. Lorsque j'arrive dans les montagnes à Akdağmadeni, il y a 20 cm de neige et -2 degrés au panneau d'affichage. Fin mars, tout de même !
Nuançons : les turcs me disent que ça fait 10 ans qu'ils n'ont pas eu autant de précipitations... Ça ne m'étonne pas trop, je suis abonné au phénomène : la première fois que je vais en Ardèche il neige comme c'est pas possible en plein mois d'avril. J'arrive en Corse au mois de Juin : encore de la neige le jour de mon arrivée. Je passe en Autriche au mois de Mai : 1 mêtre de neige dans le Tyrol. Et à chaque fois la même réaction des locaux : "On n'avait pas vu ça depuis longtemps !".
Abonné, je vous dis ! J'ai du vexer une divinité du froid un jour... Skadi, Ceridwen, je vous offrirai un paquet de chips en sacrifice si vous me lachez les baskets !
Ou alors c'est l'inverse, c'est le printemps qui me fuis : Perséphone, Freyia, Cybel, et toutes les autres, c'est promis, je vous sacrifierais un second paquet de chips si vous revenez !

Je repars d'Akdağmadeni par -3 degrés au compteur et passerais la journée dans les montagnes blanches. Finalement, dès qu'il n'y a pas de vent, c'est joli et pas désagréable. Un peu comme les vacances au ski quand j'étais petit... Mais la route redescend dans la plaine en fin de journée, et le lendemain, c'est le grand soleil pour arriver à Sivas.

jeudi 26 mars 2009

Ankara, et puis après...

J'ai pu confirmer de visu ce qu'on m'avait dit. Il n' y a en effet rien à voir à Ankara, circulez ! Circulons, donc. Je ne suis resté qu'une journée.

Par contre, ce qu'il y a de bien, c'est que j'ai testé "Couchsurfing.com" et que ça a marché : ce n'était pourtant pas gagné d'avance, car prévoyant tout comme d'habitude, je m'y suis pris le jour même pour demander à différentes personne l'hospitalité... j'aurais du le faire plus tôt. En tout cas, surprise, ça a marché : j'ai eu 3 réponses positives, et j'ai passé mon séjour à Ankara chez une française, Adélaide, une habituée du réseau. Pour une première expérience, j'ai été drôlement bien reçu, c'était très agréable. J'ai quitté la ville d'excellente humeur, frais et dispos, sous le soleil du printemps (on était le 22 mars !) : direction Erzurum.

Il semble qu'une grande part de l'économie Turque se développe entre Istanbul et Ankara : J'ai mis 3 jours pour sortir de la première, et presque 2 pour entrer dans la seconde. En revanche, je n'ai eu besoin que de 3 heures pour sortir de la capital (j'aurais pu faire moins, mais il n'y a aucun panneau dans cette fichue ville, alors j'ai fais pas mal de détours). Comme si l'Est du pays ne représentait qu'un intérêt réduit. Plus d'industries, plus de zone urbaine, que des champs. Et plus d'autoroute, juste une grande route nationale pas trop fréquentée, ce qui me laisse tout loisirs pour marcher tranquille.

Bref, j'ai marché depuis jusqu'à Yozgat, à environ 200 km de là. Mon sac est léger, et si la pluie me laisse tranquille, je peux enchainer les étapes de 50 km sans trop de douleurs. De toutes façon, le paysage est morne et un peu triste, même sous le soleil : ce ne sont que d'immenses plaines intégralement cultivées avec de-ci de-là quelques collines chauves... et pas d'arbre, rien. Je suis surpris : ils ont TOUT ratiboisé avec leur agriculture intensive, y'a plus rien à des kilomêtres à la ronde ! Aussi loin que porte le regard de chaque côté de la route, sur les derniers 300 km parcourus, pas une forêt, pas un bois, ni même un bosquet, rien ! On trouve seulement 2 ou 3 troncs lorsqu'il y a une habitation... Forcément, dans ces conditions, le vent est roi : dans le dos, ce serai presque pratique, mais de face, c'est un peu génant. Je me demande si c'est possible de traverser le pays en char à voile ? Ça pourrait être amusant...


J'ai vu un commentaire sur mon dernier message : il parait que je ne parle pas assez de mes conditions de logement... Inutile d'être surpris, c'est juste que de ce côté là, c'est vraiment pas encore au point, et je n'ai pas grand chose d'intéressant à raconter. Pour résumer j'ai régulièrement dormis dans des hotels (genre 5 ou 10 euros la nuit). Le problème que j'ai, c'est qu'à chaque fois que je demande à quelqu'un où je pourrais me loger, je me fais gentilment jeter : "y'a pas d'hotel ici, prends le bus et va à tel endroit"... J'ai beau m'expliquer en Turc, vouloir dormir dans des endroits publics (gares, gymnases, écoles, mosquèe...), rien à faire. Echec sur toute la ligne. Les bus sont nombreux et pas cher en Turquie et il est très (trop à mon goût) facile de se déplacer... Je m'y prends sûrement mal, je n'ai peut-être pas non plus une apparence d'étranger convenable, je ne suis peut-être pas au bon endroit, ou un peu de tout ça... Toujours est-il que ça ne correspond pas du tout à ce que j'avais lu ou entendu. On verra plus loin... Dans ces conditions, il faut reprendre le bus dans l'autre sens et refaire le trajet à pied pour arriver le soir au même endroit... nul.
Je ne dors pas cependant tous les jours à l'hotel. Une fois, les flics m'ont expédié de force à l'otogar (gare routière) ou j'ai dormi sur un banc (mon dos s'en est rappelé pendant une semaine), j'ai été hébergé 3 fois, j'ai aussi essayé de dormir dehors avant-hier... ça par contre, je ne referais pas de sitôt. Passer la nuit dans un cabanon ouvert au vent par une température inférieur à zéro n'est définitivement pas conseillé, même avec une couverture de survie.
Bref, c'est pas brillant pour l'instant.

A part ça, tout va. Je devrais être à Sivas le 1 ou le 2 avril, et à Erzurum 10 ou 15 jours plus tard.

vendredi 20 mars 2009

Les premiers jours...

Ça y est, je suis à Ankara.

Petit "flash back" sur ces 11 derniers jours... ça va être difficile, car chaque étape était vraiment très différente de la précédente ! Istanbul me parait déjà terriblement loin, j'ai la sensation d'être parti depuis des semaines.

Commençons par le début : le premiers jour. C'était très sympa, après avoir dit adieu à mes colocataires en or, j'ai traversé le Bosphore et j'ai passé la journée à longer le boulevard maritime le long de la mer. Il y avait peu de circulation, beaucoup de verdure, la mer, le soleil... idéal.









Le soir, je quitte le rivage pour chercher un premier logement (je suis arrivé à Pendik).
A partir de là, ça se dégrade.
J'avise la mosquée et tente ma chance. Le second de l'Imam (Hamid) veut bien m'aider, mais c'est ce dernier qui décide. Et tout ce que j'obtiens, c'est un sermon sur l'unicité de Dieu et l'hérésie de la Trinité... raté. Pas au point. Cependant, Hamid m'emmène dans un petit hôtel et me négocie un prix normal. Tant pis, on réessayera demain.
A partir du lendemain, les conditions de voyage se détériorent : il va pleuvoir ou neiger tous les jours jusqu'à Ankara. Je pensais mettre une journée pour sortir de l'agglomération d'Istanbul : je mettrais 3 jours pour enfin voir un peu de verdure. 3 jours passé sur le bord de la route national D100, mon parapluie à la main, tachant d'esquiver les gerbes d'eau boueuses que me balancent les camions (j'en prends quand même 2 ou 3 dans la figure), à me demander quand je pourrais enfin sortir de cette suite de zones urbaines et industrielles qui s'étendent le long de la route.
Ça dure comme ça jusqu'à Izmit. La ville suivante est Adapazarı : je constate aue je peux emprunter à partir de là une autre route pour Ankara. Ça fait un peu plus de km, mais c'est tout vu : let's go.
Effectivement, ça change. En mieux ! D'abord, il n'y a plus personne. Un véhicule toutes les 10 minutes. Je suis en plaine campagne, et ce que je perds en sécurité (fréquence de points d'approvisionnements, hôtels), je le gagne en calme, tranquillité, et décorum. En longeant une petite ville (Akyazı), un homme m'interpelle et me propose de prendre un thé au Çaihane (café) d'à coté. Là, j'arrive tant bien que mal à expliquer mon histoire. celle-ci fait sensation et créée l'attroupement. Un type qui ressemble à Louis la Brocante s'y intéresse tout particulièrement, en parlant très fort, avec de grands gestes. Il veux tout savoir mais ne parle pas un mot d'anglais. İl appelle sa femme (ou sa cousine, j'ai pas compris) qui parle un peu français, et arrive à la question : mais où va-tu dormir ce soir ? Je ne sais pas, en tout cas je compte chercher dans le village suivant : kuzuluk. J'apprends qu'il y a là-bas un grand hôtel avec beaucoup d'étoiles car il y a une célèbre source d'eau chaude et les gens viennent pour des cures thermales. A partir de là, ça devient bien pour moi : je vous passe les détails, mais au final, lui et un de ses amis vont me négocier un prix d'amis (le logement passe de 150 ytl à 40 ytl) qu'ils m'offriront de toute façon ! Je me retrouve propriétaire pour une nuit d'un logement 3 pièces avec jaccuzie branché direct sur l'eau chaude... Tout ce que j'ai à faire, c'est rendre la clef demain à 9 heures... Top. Première action : un bain bien chaud !
Je repars le jours suivant sous le soleil, d'humeur radieuse. Je mets un temps fou à accomplir 20 km, mais je suis surpris d'arriver à 14H30 à ma destination du jour ! Il y aura d'autres surprises : ma carte raconte n'importe quoi. Bref, hors de question de m'arrêter si tot. J'arrêterai dans le premier village que je trouverai après 17H30... Sauf que la route change brusquement : elle monte dans les montagnes tournant sans cesse et rallongeant démesurément les distances, et les nuages, eux descendent. D'abord la pluie, puis la grêle, puis la neige, accompagnée de grouillard. Et plus un seul village. Moi qui en croisais un tous les 5 km ! La nuit commence à tomber... Après 3 heures de marche, je commence un peu à fatiguer, mais je ne peux pas m'arrêter. Il n'y a aucun abris, il fait froid, et puis je dois bien arriver quelque part. Bref, je vais marcher jusqu'à 20H (soit 25 km). Il fait nuit noir depuis longtemps, je ne vois pas grands chose hormis la ligne blanche de la route (pas de lune) et passe le village de Çavrısdere sans le voir. Je réalise que je l'ai dépassé en regardant l'heure : je suis trop loin. J'avise quelques baraquements et de la lumière : allons-y.
Je frappe : la porte est ouverte. "Iyı Akşamlar !" "Salam Aleikum !" (soyons poli). Une tête apparait. il me fait signe d'entrer. İl ne semble pas surpris de me voir débarquer chez lui avec ma tête d'épouvantail à une heure indue : je le soupçonne de m'avoir repéré sur la route dans la journée. Je sors mon petit papier pour expliquer qui je suis, ce que je fais, ce que je veux (Merci à Anlame, ma colocataire Turque, qui me l'a écris !), mais il n'y prête guère attention. Un genre de solitaire peu curieux. Il semble vivre dans une sorte de préfabriqué et passe visiblement la soirée seul en compagnie d'une télé, une maquette en bois et un fourneau. T'as faim ? Oui. Il disparait et revient au bout de 5 min avec un bon repas. Thé ? Avec plaisir. Dodo ? oui ! Il m'a préparé un lit avec un radiateur électrique. Il m'avertis simplement qu'il me faudra partir à 6 heures. Pas de problème, c'est mon horaire habituel. Et je m'écroule comme une masse.
Le lendemain, il neige. Je constate en partant après avoir remercié mon hôte que j'étais dans une sorte de camps militaıre avec barrières et drapeau, et le type devait être le gardien... d'où la nécessité de partir avant que les autres reviennent.
Et je me lance dans un 2eme "coup de collier" de 45 km : tant que je marche, je n'ai pas froid, mais pas question de faire plus de 5 minutes de pause. Ça a son côté motivant, mais j'arrive complètement à plat à Mudurnu (panne d'énergie : on fait pas 45 km le ventre vide !). Le jour suivant, la neige tombe à gros flocons : c'est rigolo, mais je ne peux encore pas m'arrêter.









Je croise parfois un village, mais ce ne sont que quelques maisons misérables regroupées autour d'une mosquée (neuve) sans rien à offrir (ni à vendre). Heureusement, la route descent enfin et la neige cesse quand j'arrive le soir à Nallıhan.
Le lendemain, le paysage ne cesse de changer tous les 10 km : plus de montagne ni de neige, mais des plaines arrides succédantà des plaines cultivées, des collines blanches, rouges, jaunes, un site saisissant de collines vertes et rouges... Un lac, des cigognes, je ne sais plus trop où je suis, j'ai le doigt rivé sur le déclencheur de l'appareil photo, jusqu'à Çayıhan.










C'était le point culminant. Le décors pour les deux derniers jours devient morne avant de revenir dans l'agglomération d'Ankara. Mais le froid, lui, persiste ! 3°C dans la journée, beaucoup moins la nuit. Et puis à force de faire des distance de 40 à 50 km d'une traite, mes pieds commencent à protester. Une pose à Ankara s'impose.

vendredi 6 mars 2009

Chapitre II - Istanbul/New Delhi

Salut à tous.

Après une ibernation de quelques mois, le temps est (enfin !) venu de repartir. "On the road again" comme disait l'autre.
Je pars Lundi prochain (9 mars).

Ces quatres derniers mois sont tout de même vite passés, entre les cours du soir que je donnais à Yohanna, la bibliothèque du consulat (j'ai bien du lire une cinquantaine de livres depuis le mois de novembre), les colocataires... Pas de regrets, c'était génial, mais j'ai hate de partir, maintenant.
Ça n'a rien à voir avec mon départ de France, où j'étais stressé, tendu. Aujourd'hui, je suis juste content de reprendre la route, même pas peur : je sais où je vais, je suis prêt. Enfin je crois...
Bref, ça roule.
J'ai renvoyé en France une partie de mon matériel : ma tente moribonde (-3 kg), le sac de couchage (-1,5 kg), et quelques kilos de bricoles qui ne servaient pas/plus ou que j'avais acheté à Istanbul dans le cadre de mon séjour sur place. J'ai acheté 2 sacoches pour mettre ce qui reste : le poid total ne dépasse certainement pas 10 kg même avec une bouteille d'eau pleine. Autre avantage : je vais enfin marcher droit ! J'en avais tout de même plus qu'assez de marcher penché en avant pour contrebalancer le poids du sac à dos. A présent, ça devrait aller.
Alors la question que tout le monde me pose : "Mais comment tu vas faire si tu n'a plus rien ?"
Comme je le disais avant mon départ, je compte sur l'hospitalité locale pour traverser le moyen-orient. Dans cette partie du monde, c'est encore une affaire de religion.
Et puis le fait d'être (beaucoup) plus léger me permettra de couvrir de plus longues distances sur un même temps (j'espère), ou la même distance sur un temps plus cours, et donc d'avoir plus de temps pour trouver un abri chaque soir. De toute façon, je n'aurai guère le choix et ce n'est pas plus mal : j'hésite toujours trop à aller vers les gens, c'est l'occasion de changer et d'apprendre.
Et puis il devrait faire plutôt froid la nuit, ce qui devrait balayer mes dernières hésitations. En effet, je fais parti de ces naifs qui croient que la Turquie est un pays chaud... Faux : il neige partout en hiver, même à Istanbul, et les températures varient de 0 à 15 degrés selon les jours (sur le plateau Anatolien, il parait que les températures descendent dramatiquement bas...). Je prends cependant mes précautions : en partant maintenant, je devrais arriver dans la zone la plus froide (entre Erzurum et Tabriz) à la fin du mois d'avril. J'espère y rencontrer dse températures clémentes. Quoi qu'il en soit, partir plus tard pourrait s'avérer dangereux dans les contre-forts de l'himalaya, et je préfère avoir froid maintenant qu'au mois d'Octobre...
Pour les questions administratives, c'est tout bon jusqu'à Téhéran : mon visa Iranien m'attend à Erzurum, j'ai fais prolonger mon tampon de séjour en Turquie, tranquile.

Voilà, je devrais faire mon prochain message depuis Ankara, la capitale.

Et c'est parti !