mardi 21 juillet 2009

Khirghizstan

Une fois mon visa obtenu a Tashkent, je prends le bus, puis un taxi, puis un autre bus, puis encore un autre, et me voici a la frontiere entre l'Ouzbekistan et le Khirghizstan.

Je passe sans encombre, apres avoir rempli le formulaire comme quoi je ne porte pas d'armes, de drogue, ou d'autres substances nocives, et me voila au poste suivant. A priori, ce sont les memes : la casquette des flics est encore plus grande et ridicule, mais les gens mangent la meme chose, parlent la meme langue, ont la meme histoire (ex-URSS).

Me voici a Osh (pas Auch, hein !)

Cette ville est la seconde du pays par son importance, mais elle elle est coupee de la capitale, Bishkek, par une chaine de hautes montagnes qui rend toute communication difficile entre les deux villes.
Hors, moi, me fiant a ce que m'a dit un Khirghize, je dois y aller pour obtenir un visa Chinois.
Toujours dans mon operation "Contourner le Pakistan - rocade Est", je veux me rendre a Kashghar, a l'Ouest de la Chine, chez les Ouighours. Je sais qu'il y a eu quelques troubles recemment dans la capitale regionale, Urumqi, et je ne sais pas si je pourrais avoir un visa, mais en Asie centrale, il ne sert a rien de planifier quoi que ce soit : tout peut changer d'un jour a l'autre, ce qui oblige tout le monde a voyager "a l'arrache".
Par exemple, la frontiere que je viens de traverser a ete fermee et reouverte plusieurs fois dans le mois de Juin, et je n'etais meme pas sur d'arriver a Osh.

Une fois a l'hotel, je fais la connaissance de trois voyageurs qui cherchent un quatrieme compere pour remplir un taxi pour la capitale : un israelien, un coreen, un suisse... et bibi.
Je ne prends donc pas le temps de visiter la ville (j'aurais du, mais je le saurais plus tard), et tot le lendemain, nous voila parti. Nous avons laisse l'israelien negocier le prix, car outre qu'il a deja fait le voyage une fois, j'ai eu l'occasion d'observer en Ouzbekistan qu'il n'y a pas meilleur qu'un israelien pour obtenir un prix correct et eviter les arnaques. En plus, celui-la parlait russe, ce qui est tout de meme un avantage ici...
La route est longue, entre 10 et 11 heures pour faire 4 ou 500km, mais le parcours est magnifique, traversant de hautes montagnes avec des cols a plus de 3000m ! Je regrette vraiment de ne plus avoir d'appareil photo, mais peut-etre que mon copain coreen m'en enverra quelques unes.
Un ciel bleu sombre, des montagnes enneigees, l'alpage verdoyant, des yourtes de nomades disseminees de place en place entre lesquelles courrent des chevaux, paissent des troupeaux de chevres ou de moutons, et un air d'une purete et d'une fraicheur incomparable...
Je me sens pousser des ailes devant ce paysage.
Des que j'ai un appareil, je vous montre !

Une fois a Bishkek, je realise que nous sommes... Vendredi 10 juillet. Les ambassades sont fermes les deux jours suivants, il etait inutile de courir. Tant pis.
Je fais ma demande de Visa le lundi matin, et comme en Ouzbekistan, on m'annonce une semaine d'attente. Mardi, je reprends un Taxi pour redescendre a Osh, et profiter de ce temps "mort" pour faire la route a pied jusqu'a la fontiere chinoise, au poste d'Irkeshtam (sud).

Consequences

J'ai bien retenu la lecon avec les militaires Ouzbeks. Je suis a present capable de bien me debrouiller avec les uniformes dans toute l'Asie Centrale ( ce sont les memes dans tous les pays en "...stan", formes a la mode sovietique).
J'ai pu m'entrainer des mon retour dans la capitale, dans le metro.
Il faut savoir que les stations de metro de Tashkent sont tres jolies, toutes differentes et bien decorees, sauf qu'il est interdit d'y prendre des photos, que cette regle n'est inscrite nulle part, et que chaque station regorge de flics : 3 a chaque entree, plus 5 sur le quai, 10 si 2 lignes se croisent dans la station. Ca fait quand meme jusqu'a 16 policiers qui n'ont rien d'autre a faire que d'embeter les touristes. Vous pouvez en un seul aller-retour vous faire controler le passeport jusqu'a 5 ou 6 fois ! Ca fini par enerver... Ayant compris le mode de fonctionnement de la police, j'ai change de methode. Je reprends le metro, et ca ne rate encore pas, on me redemande mon passeport. Mais je suis encore sous le coup de l'enervement de la veille : je les ai pratiquement agresse avec mon "Quoi, y'a un probleme ? (en francais)" , et comme ensuite tout le monde nous regarde, je sais que je ne risque rien : les policiers ne detestent rien tant que l'esclandre publique, et j'en profite. Ils insistent, essaient le plus clairement possible de me faire comprendre qu'ils veulent mon passeport, je fais celui qui ne pige rien : ca leur apprendra a ne pas parler anglais. Arrive le metro : je les plantes sur le quai, et m'en vais, fin du controle. Je n'ai meme pas sorti mon passeport !
Wahou... ca marche...
Toute ma vie, j'ai appris a respecter l'autorite : les parents, les professeurs, les policiers... J'ai appris qu'en Asie Centrale, il faut faire l'inverse : c'est moi le patron, et si le miserable sous-fifre me cherche des poux, il peut aller s'adresser directement a l'ambassadeur de France a Tashkent. J'ai eu depuis cette histoire plusieurs fois l'occasion de le verifier : je dois me montrer autoritaire et dominant avec les uniformes, et ca marche.

mercredi 8 juillet 2009

Une fin de parcours difficile

L'Ouzbekistan m'aura reserve une derniere etape inattendue.
Apres Samarcande, je suis remonte sur Tashkent. Une marche plutot agreable de 6 jours, durant lesquels j'ai croise d'autres francais voyageant a velo. Une fois de retour dans la capitale, j'ai depose une demande pour un visa Kirghiz, l'idee etant de contourner le Pakistan en passant par Osh (deuxieme ville du kirghizistan, au Sud-Ouest).
Ayant choisi un formulaire en mode "normal", j'avais 8 jours devant moi avant de le recuperer.
Il y a un mode "express" qui permet de le recuperer en deux jours,mais il est beaucoup plus cher. Quand au mode "bakshish" employe par un Suisse juste derriere mois au consulat, il permet de l'obtenir dans la journee... pour un prix encore superieur, bien sur.
Je decide de passer ces quelques jours a marcher vers la frontiere.
Je quitte donc Tashkent en debut d'apres-midi, et commence cette derniere ligne droite en Ouzbekistan. Les deux premieres nuits, je trouve a point nomme un restaurant ou des clients m'invitent a dormir chez eux. Des gens vraiment gentils qui m'auront bien rendu sevice !
La troisieme, je la passe a Angren. J'aurais pu aller beaucoup plus loin ce jour-la, mais quelques abricots manges la veille m'ont retourne les intestins, et la chaleur aidant, je ne me sens pas en etat pour continuer l'apres-midi. Une petit etape de 30 km, donc.
Je trouve un hotel pas cher (dortoir a 3000 CYM = moins de 2 dollars), et j'ai la surprise de voir debarquer 1 heure plus tard 2 francais que j'avais croise a Samarcande : je passe donc une bonne soiree en leur compagnie. Ils m'expliquent qu'ils reviennent de la vallee de Ferghana, et ont parcouru la route qui m'attend. Ils m'avertissent que la zone est sur-militarisee et qu'ils ont bien failli se faire voler leur telephone portable par un policier. C'est leur chauffeur ouzbek qui a donne de l'argent au flic pour le recuperer...
Le lendemain, je decolle vers 6H, frais et dipo. La route monte, je trouve les premieres montagnes, et quelques pics enneiges au loin contrastent avec le paysage plat que j'avais arpente jusqu'a present.
La route suit une riviere, et je passe ma pose coutumiere de l'apres-midi au frais, a l'ombre d'un arbre au bord de l'eau. Super agreable.
Et je repars.
Je n'ai pas fais 5 km que j'apercois un nouveau poste militaire. J'en ai deja vu plusieurs depuis ce matin, mais n'ai pas eu d'ennuis jusqu'a present. Juste un controle de passeport.
J'ai en memoire l'avertissement d'hier. Je sens la tuile, et retire la carte memoire de mon appareil photo pour la mettre dans ma poche.

Ca ne rate pas. Arrive a hauteur du poste, un garde m'arrete. Il commence par reclamer mon passeport, puis appelle son chef. Un excite debarque et commence a me prendre la tete en me lancant des regards noirs. Des le depart, je deteste ce type.
Il m'ordonne en criant comme si j'etais sourd de deposer mes sacs par terre, puis de m'eloigner : je m'eloigne, et il gueule encore plus fort : je suis trop loin, je dois me rapprocher. Faudrait savoir !
Ensuite, il me fait tout un cinema, m'ordonne de lever les mains, de me mettre de profile, et comme je n'obeie pas, il pete un cable, me met de force en position, et retourne au sacs. Une voiture arrive sur le petit chemin du poste, et mon excite-en-chef la hele au passage. Je profite de la diversion, remet mes mains dans mes poches et me rapproche de mes affaires : hors de question de les perdre de vue. L'imbecile ne s'en offusque meme pas, comme quoi tout son cinema... n'est bien que du cinema.
Commence alors la fouille des sacs. Deux autres soldats arrivent, et le furieux les eloigne. Je saisi le mot "bomba" dans son discours... La seule chose qui risque de lui sauter a la figure, c'est l'odeur de mon T-shirt sale ! Enfin bref.
Je note en revanche, qu'un soldat a recupere mon appareil photo, mais je le vois le remettre dans le sac. Quand a ma liasse de monnaie, ils n'y touchent pas. OK, me dis-je, c'est juste un controle un peu penible.
On me rend mes sacs, on me fait monter dans la voiture avec Crazy-man et son sous-fifre, et ils m'emmenent 300 metres plus loin au bureau du chef-en-chef. Le goujat me plante a la porte avec 5 gardes et disparait, toujours avec mon passeport.
Longtemps apres, il revient avec son superieur. je me dis que je vais pouvoir dialoguer intelligemment avec un grade qui a surement appris a lire, mais je dechante immediatement lorsque celui-ci me demande, passeport en main, si je suis francais... La, c'est mal barre.
Ils tente vainement de dialoguer avec moi, mais comme je ne comprend pas le russe et que leur manieres me deplaisent, je decide d'arreter de cooperer et de ne plus comprendre que l'anglais ou le francais.
Apres quelques palabres inutiles, on me fait monter dans un camion (une ruine sovietique d'au moins 30 ans d'age) qui va me ramener en compagnie du chef-en-chef jusqu'a... Angren. Et zut.
Une fois la-bas, on me fais patienter avec le chauffeur pendant des plombes jusqu'a la nuit tombee. J'en profite pour verifier mes sacs... Et constate la disparition de mon appareil photo. Et m......... Je suis pourtant sur d'avoir vu le soldat le remettre dans le sac ! C'etait le fils de David Copperfield ou quoi ?
Finalement, je suis conduit jusqu'au batiment principale de l'armee en ville.
Je tombe alors sur un ouzbek parlant un bon francais qui se presente comme traducteur. Chouette ! Il me presente quelques personnes devant la grille, et si j'ai bien compris, mon chef-en-chef (4 etoiles sur chaque epaulette) n'est qu'un roquet au garde-a-vous a cote de ces gens.
Tant mieux. Je bloque tout net et refuse d'entrer. Je reclame le droit d'appeler mon ambassade. Et la tout d'un coup, je vois tout le monde se faire tres doux et gentil avec moi...
Non mais quelle buse je fais moi ! Pourquoi n'ai-je pas fais ca des le depart ???
je le saurai pour la prochaine fois...
Comme je ne vois pas pourquoi je serai le seul a etre embete, je refuse toujours d'entrer, et l'interrogatoire va se faire sur un banc, a la lumiere d'un reverbere.
Ces nains de jardin en uniforme se contentent de prendre quelques infos sur mon identite et mon parcours en Ouzbekistan... Tout ca pour ca ???
Ils me donnent comme excuse que ma barbe me donne un aspect inquietant... Ils m'ont donc arrete et fait tout ce cirque pour port de barbe suspect !!!!!!
L'insodable betise de ces decerebres congenitaux me surprendra toujours.

J'en profite pour me plaindre du vol de mon appareil photo. Malheureusement, la penombre ne me permet pas de profiter pleinement de la mine renfrognee de mon chef-en-chef sous les regards de reproches de son superieur. On m'assure que des recherches seront menes, etc, etc...

Bref, j'ai paume mon troisieme appareil photo.
La crise.

Ecoeure, je rentre a Tashkent pour recuperer mon visa kirghiz. Je prends le bus demain pour la frontiere... Il ne manquerait plus qu'elle soit fermee !

mardi 23 juin 2009

Samarcande

Au coeur de l'Asie Centrale, sur la route de la soie, se trouve Samarcande, centre culturel, religieux, et commercial de toute cette partie du monde pendant des siecles.
Cette ville etait l'une de mes destinations dans ce voyage, car son nom resonnait a mes oreilles comme une citee de legendes, d'histoire, de voyages... J'ai eu raison de venir, ca en vaut la peine !C'est magnifique.

Un petit apercu vaut peut-etre mieux qu'un long discours :










Et puis aujourd'hui, Samarcande, c'est un passage quasi-oblige pour tous les voyageurs de l'Asie Centrale et de la route de la soie, et ils sont nombreux. Comme ils ont tous le Lonely Planet, ils descendent tous dans le meme hotel (le moins cher), ce qui provoque de sympatiques reunions de voyageurs au long cours.
Je passe donc mes soirees a discuter avec des gens du monde entier : francais, russes, italiens, autrichiens, allemands, suisses, japonais, israeliens... Certains voyagent a velo, d'autres en moto, ou en voiture, d'autres en bus ou... a pieds (bibi !) Ca permet de recolter des renseignements pour la suite de nos voyages respectifs : as-tu passe telle ou telle frontiere ? comment ? a quelle epoque ? Qu'est-ce que tu as comme materiel ? As-tu vu tel ou tel endroit ?, etc... Du fait de la longueur des voyages (plusieurs mois, voir plusieurs annees), certains se rencontrent ainsi pour la seconde ou la troisieme fois, lient des amitiees, bref, c'est toute une communaute que je decouvre avec plaisir, prenant au passage ma part d'infos et de conseils, de recits et d'anecdotes. La convivialite et l'ouverture sont de mise pour tout le monde, et les conversations animees durent jusque tard dans la nuit...
Pour ce que j'ai eu jusqu'a present, les infos sont plutot positives. Tout roule jusqu'a Tashkent. Apres, c'est une surprise, et vous decouvrirez mon parcours (complique mais sympatique en cas de succes) au fur et a mesure... ;-)

lundi 22 juin 2009

Boukhara et la route Ouzbek

Le centre historique est rempli de Medrassah (ecoles coraniques) anciennes, d'hotels, et de touristes (francais a 80 ou 90 % !!!)...









Il ne faut cependant pas aller bien loin pour trouver les ouzbeks : quelques minutes a pied suffisent pour se retrouver la ou ne vont jamais les touristes : des rues non pavees, des maisons minables aux murs de briques en terre (la culture en Asie centrale est plutot de masquer tout signe exterieur de richesse), beaucoup de poussiere et tres peu d'arbre dans les ruelles etroites qui protegent mal du soleil (les maisons n'ont generalement pas d'etage), mais en revanche, beaucoup de gens souriants et accueillants. ils sont plutot surpris, a ce qu'il m'a semble, de voir un touriste isole se perdre dans leurs ruelles... Je suis invite a une partie de carte par un groupe de jeunes, puis a diner... je refuse l'invitation car je pressents que ca va durer jusqu'a pas d'heures, et je veux me coucher tot, mais apres 2 heures passees a vagabonder dans la poussiere, je dois admettre que le coin est franchement agreable.










Le lendemain, je pars bon pied bon oeil. Direction Samarcande, la ville pour laquelle je suis venu si loin au nord de l'Inde.

Tout au long de ces quelques jours de marche, je n'ai cesse d'etre interpele, salue, invite ! Toutes les 5 minutes, quelqu'un arrete son travail ou quitte sa place a l'ombre ou arrete sa voiture pour savoir qui je suis, d'ou je viens...
Les deux premiers jours, je serai systematiquement invite pour tous les repas et pour dormir, a tel point que lorsque vient l'heure d'acheter un morceau de pain le troisieme jour, je ne sais plus ou j'ai range mon argent !
Ce contact quasi permanent me permet de decouvrir rapidement les ouzbeks de l'interieur. Apres experience, je crois qu'il n'y a rien de tel pour connaitre d'autre peuples que de dormir chez eux.

Que dire des Ouzbeks ?
Presque toujours gentils, accueillants et souriants, toujours avides, visiblement, de rencontrer des etrangers... c'est qu'il en passe des etrangers en Ouzbekistan (je reviendrai la-dessus a Samarcande).
Commen en Iran les hommes, jeunes ou vieux, s'habillent a l'europeenne, mais portent le bonnet ouzbek, un petit bonnet rond dote de 4 pointes en carre et une cinquieme au centre. C'est joli, mais ca ne protege pas du soleil... les femmes en dehors de la grande ville, portent plus generalement les vetements traditionnels, avec pantalon, robe longue a manches courtes, et foulard noue sur la nuque.
Autre point particulier sur leur apparence : toutes les personnes de + de trente ans ont tout ou partie de leur dentition remplacee par des dents en or !!! Les petits vieux arborent ainsi un sourire scintillant a faire palir d'envie Hernan Cortez en personne !





Quoi d'autre ? Ils parlent generalement Ouzbek et un peu Russe, parfois aussi le farsi ou le Tadjik... A ce sujet, c'est bien pratique : ils me comprennent quand j'utilise mon vocabulaire turc ! L'accent differe un peu, mais j'ai decouvert que l'Ouzbek, le Kirghiz, le Kazak et meme la langue des Oighour (ouest de la Chine) est tres proche du Turc. Ca m'arrange. Ca rappelle egalement que les turcs sont venus de par la pour tout conquerir jusqu'en Europe.
Autre particularite : tout le monde crache, partout, tout le temps. Pour les hommes, ca ne me choque pas trop, sauf quand les glaviots fusent jusque dans les magasins, mais voir les femmes le faire, ca fait drole... A leur decharge, j'ai moi-meme constamment la bouche seche, et la terre n'est que poussiere dans ce pays, une poussiere legere et abondante qui s'eleve en nuages au moindre courant d'air. Il y a des courants d'air en permanence...

Malgre ce terrain peu propice, l'ouzbekistan est un pays vert. Tout au moins pour ce que j'en ai vu. Apres la Turquie et l'Iran qui arboraient un paysage totalement depourvue d'arbres, je profite a fond des routes Ouzbeks tres ombragees, bordees d'arbres en permanence. Ce n'est pas un luxe quand il s'agit de marcher par 40 degres a l'ombre. De plus, ce pays cultive en masse le ble, le coton, les abricotiers et les muriers... dont c'est justement la saison !!! Grand luxe : je n'ai generalement qu'a tendre le bras pour recolter mon dessert tout en marchant...

Dans l'ensemble, la campagne est tres peuplee et peu mecanisee. A l'heure de la recolte, je trouve peu de moissonneuses, et les petites parcelles de bles se recoltent a la main (faucille + reins solides + ane + charette). La main d'oeuvre familiale comprend evidemment les enfants qui pendant ce temps ne sont pas a l'ecole... a moins qu'elle ne soit finie ? C'est vrai que je n'ai pas demande, mais apres avoir discute avec plusieurs personnes de 15 a 20 ans, j'ai plus ete impresionne par leur maturite et le fait qu'il travaillaient (hommes et femmes) des l'age de 15 ans que par l'etendue de leur connaissances.
Mais tout le monde a le sourire.
Sauf les flics. J'ai d'ailleurs pris la technique : quand ils m'embetent, je ne comprends plus que le francais et devient un peu idiot. Resultat, soit ils abandonnent devant la difficulte, soit je vois defiler toute une ribambelle de sous-officiers et d'officiers, jusqu'a ce que je trouve un nombre suffisant d'etoiles sur les epaulettes (3 ou 4). A ce stade, grace a "constellation-man", je m'en tire avec un simple controle de passeport de 10 minutes, au revoir et merci. Facile. Mais tout de meme, ils n'aiment pas les pietons. Et ils ne comprennent pas plus que les autres flics du monde que je veuille marcher quand il est si simple de prendre un bus ;-)

lundi 15 juin 2009

Ouzbekistan

Il n'y a qu'un avion par semaine entre les capitales iraniennes et ouzbeks... Qui je retrouve sur mon vol ? Kader, le meme que j'avais rencontre a Erzurum.
Ca m'arrange bien, car je n'ai aucune experience pour ce qui est de prendre un avion, et les formalites a repetition dans l'aeroport me semblent corsees... Bref, je suis content de l'avoir avec moi, d'autant qu'il a un guide sur l'Asie centrale avec de nombreux renseignements sur les hebergements (entre autres). En fait, depuis quelques temps, j'ai decouvert que je devais etre le seul voyageur au monde a ne pas connaitre le tres fameux "Lonely Planet".
Ils l'ont tous, quelque soit la nationalite : Chinois, Canadiens, Bresiliens, Australiens, francais...
Donc, Kader, lui, il a tout ce qu'il faut.
Je reste une journee en sa compagnie a Tashkent. Comme a Erzurum, je profite de ses conseils et de sa longue experience pour me remettre sur les rails. Il faut dire que j'etais un peu "hors-circuit", justement, ne sachant plus trop quoi faire ni par ou passer pour aller en Inde.

Donc, nous decouvrons ensemble la capitale, Tashkent.
Quel contraste...
Ca commence dans le parking de l'aeroport, a l'arret de bus : des filles. Normales. Ne riez pas, car depuis le depart d'Istanbul (3 mois !) je n'ai cotoye pratiquement que des hommes et n'ai generalement vu que des voiles pour representer la gente feminine. 2 heures d'avions plus tard, je tombe sur des cohortes de blondes en jupes legeres, des rousses en jean/debardeur, bref, comme a la maison... ca fait un choc.
Ensuite la ville : l'antithese de Tehran. De larges avenues facon communistes, qui donnent l'impression d'un traffic routier presqu'inexistant. Peu de bruit. Les voitures s'arretent au feu rouges et ne klaxonnent pas. Il y a de grands parcs ou les vieux jouent aux echec, il y a de la musique un peu partout... Une excellente impression de calme et de tranquillite.
Kader trouve un hotel sympa.La premiere chose que propose le patron pendant que sa femme nous montre la chambre, c'est de la vodka. Si j'ai bien compris, ils en boivent comme de l'eau, ici.

Bref, il faut s'habituer, mais ca va plus vite dans ce sens la que dans l'autre !

Ceci dit, les flics sont les memes. Ce n'est quand meme pas un pays democratique. Interdiction de marcher sur le gazon, de photographier le metro, ou de sortir un seul dollar du pays (il faut declarer ses sous a l'entree, et si vous en avez plus a la sortie, ils vous confisquent la difference... ils sont joueurs...)

Ensuite, Kader est parti de son cote, et moi j'ai pris le train de nuit pour Boukhara, non loin de la frontiere Turkmene.
Je visite et je reprends la route vers Samarcande.

lundi 1 juin 2009

Mauvaises nouvelles

Nastaran, mon amie Iranienne de teheran, a appele pour moi le consulat du Turkmenistan.
Visa refuse...
Ah.
V'la aut'chose !

Que faire dans ce cas ?

J'avais justement recu la veille un avertissement de Kader, mon francais d'Erzurum : beaucoup d'etrangers auraient vu leur visa refuse sans explication depuis une semaine. Selon une suissesse qu'il a rencontre a Mashhad, le plus simple serait de prendre un avion a Teheran pour Tashkent, a l'autre bout de l'Ouzbekistan, pour la modique somme de 200 ou 250 USD...
Sauf que je n'ai plus une telle somme.
Donc, on oublie l'avion. De toute facon, ca ne me plaisait pas comme solution.

Quoi d'autre ? Contourner par le nord : prendre un bateau et remonter jusqu'au Kazakstan puis redescendre sur Samarcande via les steppes Ouzbeks. Sauf que je n'ai pas le temps de partir en quete d'un visa Kazakh, mon visa iranien est trop court (il se termine dans une semaine), et meme si je le fait prolonger, je n'aurai de toute facon... plus les sous pour tenir jusqu'a Samarcande..

D'autres idees ? Passer par le sud, en Afghanistan... Quand on regarde la carte, c'est assez logique : via Herat et Mazar-e-Sharif, on arrive a quelques km de la frontiere sud de l'Ouzbekistan. Ca peut se faire tres rapidement.
Bon, je m'informe sur Internet : l'obtention de visa est parait-il facile et peut se faire a Mashhad en 2 jours. Bon, ben, voila, c'est parti.
C'est amusant les voyages : on ne fait jamais ce qui etait prevu. Je voulais passer par le Turkmenistan pour contourner l'Afghanistan, et voila que je dois maintenant passer par l'Afghanistan pour contourner le Turkmenistan. A chaque fois que je planifie l'avenir, je finie par faire tout le contraire... Alors j'arrete d'essayer de prevoir et je laisse faire les choses...

Me voici donc parti pour Mashhad : 15 heures de bus pour faire environ les 900 km. Je fais la rencontre pendant le trajet de Reza, un iranien qui a quelques points communs avec moi : meme age, meme taille, cheveux longs, barbe, lunettes... Le courant passe bien et au final, il se propose de m'heberger chez lui. OK.

En revanche, une fois trouve le consulat afghan a Mashhad, je me fais refouler pour cause que je dois presenter une lettre de mon ambassade.

Encore ?

J'appelle mon ambassade : fermee pour cause de Pentecote ! M'enfin ?!?! :-(
Raffarin ne l'avait pas suprimee celle-la ?

Je fais le point : si l'ambassade afghane de Teheran met plus de 2 jours pour me donner le visa, je suis hors-course... ca va se jouer sur le fil. Bon, "laissons faire les choses", qu'il a dit...

J'ai l'occasion de penser a autre chose dans la soiree car Reza m'emmenne visiter le tombeau de l'Imam Reza, grand centre de pelerinage Chiite en Iran, puis, il a invite un couple de ses amis pour le diner : je me retrouve assis a cote d'une jolie iranienne sans voile, mais avec decolte, a boire de l'alcool de fabrication locale qui ressemble furieusement a de la Grappa italienne, tout en degustant des spaghettis et causant voyages, et politique.
Super soiree.
De plus, comme Reza fait du commerce en Afghanistan, il dispose d'un reseau de connaissances qu'il se propose de mettre a ma disposition pour plus de securite pendant les 4 jours que je compte passer la-bas. Exactement ce qu'il me fallait !

Le lendemain, retour a Teheran.
Je me rends au consulat Afghan, et j'apprends que je peux obtenir mon visa dans la journee !!! Enfin une bonne nouvelle !
' Faut juste attendre que l'ambassade francaise rouvre ses portes...

Retour chez Nastaran, la plus gentille et serviable des iraniennes.


Le lendemain, donc, je me presente comme une fleur a cette #$%^&*()\* d'ambassade de France :
"- Bonjour, je pourrais-je avoir une lettre de recommandation pour l'ambassade d'Afghanistan, svp ?
- Pour aller an Afghanistan ? Ah non, desole, je peux pas.
- ???!!!??? Pourquoi ca ?
- Parce que c'est un pays declare a"haut-risque" et que nous ne donnons pas de lettre pour ce genre de pays. Si vous voulez un visa afghan, il faut le faire depuis la France.
- Mais je ne peux pas, moi !!! Comment je vais faire alors ?
- Prenez un avion pour l'Ouzbekistan, puisque vous avez le visa Ouzbek.
- Mais je n'ai pas les sous !
- Ca peut s'arranger, voyez avec la comptabilite de l'ambassade pour organiser un transfert.
(enfin une bonne nouvelle)
- OK, d'accord, je vais voir ca...
- Au fait, j'oubliais de vous prevenir : vous n'aurez pas non plus de lettre d'ambassade pour l'Irak ou pour le Pakistan, tous deux places egalement dans la liste des pays a haut-risque...
- ... AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH !!!!!!!!!!!!!!!!! Mais vous voulez ma mort ou quoi !!?!??!
- C'est comme ca. "
(restons stoique, non Gauthier, tu ne va pas poignarder la dame avec son stylo bic)
Je marchande, discute, argumente, rien a faire.

Je ressort de l'ambassade de tres mauvaise humeur. J'avais garde une attitude positive jusqu'a present, mais la, le coup du Pakistan, c'est une fleche de parthe qui m'acheve... Pas de Turkmenistan, pas de Pakistan, et puis quoi encore ??? Autant prendre l'avion directement pour New Delhi, alors ! Et pourquoi pas pour Shanghai tant qu'on y est ?

Les Belges, les Danois, les Bresiliens et une trentaine d'etats differents ont des accords avec le Pakistan : ils se presentent a la frontiere et hop, 3 mois de visa ! pas besoin de lettre... Tout ca a cause d'un gouvernement stupide a qui je n'ai jamais rien demande, surtout pas de me mettre les batons dans les roues !!!!!!!!
C'est peut-etre la solution : demander une double nationalite... Mais la, je n'ai pas le temps.

Bon. Je digere la nouvelle une journee, puis je m'organise pour aller a Samarcande. Pour le Pakistan, on verra plus tard... Laissons faire les choses, qu'il a dit...


PS : il parait que le gouvernement turkmen refuse les etrangers pour cause de grippe mexicaine ou je ne sais quoi... non mais quels boulets...